Voir l’avenir Ensemble

Mes chers compatriotes,

Il y a des moments dans l’existence où les peuples, comme les pays, se retrouvent à la croisée
des chemins face à des choix qui engagent leur avenir.

Nous vivons ces moments.

Les défis de l’avenir sont multiples, allant des difficultés prévisibles sur nos secteurs traditionnels, dont l’agriculture et la zone franche, aux nouveaux enjeux de la mondialisation du commerce et des technologies nouvelles. L’imprévoyance du gouvernement MMM-MSM, l’état alarmant des finances publiques, couplés à l’absence de cohérence de notre diplomatie internationale, nous coûtent cher alors que nous n’avons pu véritablement saisir les opportunités issues de ces technologies nouvelles. Notre société est en crise, elle a perdu ses repères, elle s’est fragmentée, elle a peur. Peur de la difficulté de vivre au quotidien, peur de l’insécurité, peur de l’avenir. C’est pour ça que vous avez, je le sais, compris mon message que je ne cesse de vous répéter depuis quelques mois déjà : Je ne vous propose pas seulement un changement d’hommes. Je sais que ce qu’il faut à notre pays, c’est un changement radical de société. Face à ce constat d’échec et aux contours de l’avenir, la résignation n’est pas de mise. Le changement est devenu une véritable nécessité morale et politique. La population dans sa grande majorité en est consciente. C’est pourquoi j’ai réuni autour de moi une équipe d’hommes et de femmes capables et dévoués à leur pays. Ce grand rassemblement des compétences et des volontés nous permettra, j’en suis persuadé, de retrouver, dans l’unité des forces de la nation, les chemins d’un développement juste et durable. Radical parce que quand un pays est ainsi à la dérive, ce ne sont pas des grandes phrases et des petites mesures qui le remettront sur la route du progrès et de la sérénité. Il faut revoir le fonctionnement de notre société dans toute sa profondeur. Nos problèmes sont d’ordre économique, social, politique, démocratique, moral. Refonder une société en gardant son essence, mais en s’attaquant fermement et avec courage à ses manquements.

C’est ce que j’appelle changer notre société. La tâche est immense et j’ai besoin de vous.
De chacun d’entre vous.

Nous devons d’abord remettre sur les rails l’unité nationale et consolider les acquis d’une société fondée sur des valeurs de justice, d’équité et de bonne gouvernance. Société plurielle, issue de tant d’horizons divers, enrichie de notre diversité de croyances, de pratiques et de traditions, nous ne pouvons cautionner les dérives et les pratiques qui fragilisent cette mosaïque au nom de l’opportunisme.

La démocratie et son expression à travers les institutions locales, régionales et nationales doivent, dans le sillon de l’histoire du pays et de ses combats, s’approfondir et garantir leurs missions respectives dans une sérénité retrouvée. Rien n’est plus inacceptable que le sentiment d’une justice à deux ou plusieurs vitesses, car l’équité de traitement au regard des lois et des règlements est un fondement incontournable de toute société juste.

La transparence des décisions, des nominations et des procédures de financement ou d’appels d’offres, les institutions de contrôle et de régulation crédibles, sont essentielles à une vie publique saine. Elles sont indispensables pour redonner confiance tant aux opérateurs économiques, qu’aux investisseurs étrangers et à la population mauricienne.

Nous avons le devoir d’assurer la transition vers une société plus ouverte, veillant à promouvoir une réelle égalité des chances et des opportunités dans tous les domaines, à tous les enfants de la nation.

Une société précarisée et perdant ses repères s’expose à la dégradation continue de ses moeurs, avec les implications prévisibles sur la délinquance, la petite et la grande criminalité et l’abus des substances nocives. Nous ne pouvons cautionner le laisser-aller sans mettre en péril le fondement même de la société et de notre qualité de vie.

Les impasses actuelles ne sont pas une fatalité à subir, mais une opportunité qui nécessite des changements en profondeur de notre regard et de nos approches.

Aucun développement durable, dans une société tributaire des carcans de l’histoire, ne peut s’envisager sans une volonté réelle d’ouverture de l’espace économique à tous ceux qui veulent mettre leurs énergies et leurs ambitions au service de la création d’emploi, de valeur ajoutée et de richesse nationale.

L’Etat ne peut se cantonner au simple rôle de spectateur dans une jungle ou les grands absorbent les petits, les étouffent, ou encore, les privent des ressources nécessaires à leur développement. Autant le pays a besoin des capacités solides pour les grands projets d’investissements, autant nous avons besoin d’encourager et de favoriser l’émergence, le développement et l’expansion de tous les opérateurs constituant le vivier des petites et moyennes entreprises.

A un moment où le sous-emploi et le chômage frappent de plein fouet la dignité des dizaines de milliers de familles, il est encore plus impérieux d’entamer une étape décisive dans la politique de notre développement qui allie justice sociale, égalité des opportunités et création d’emplois productifs.


Dans l’artisanat, dans l’hôtellerie et le tourisme, dans la production et l’exportation des biens et services, dans le textile et la zone franche, nous devons insuffler et accompagner un nouvel esprit d’entreprise et de créativité. Dans l’agriculture, tout en prônant une défense active de nos intérêts nationaux dans le cadre international, nous devons envisager sérieusement l’ébauche d’une ère nouvelle où l’accès aux terres, loin de constituer une barrière, deviendrait un moteur de production et d’emploi. Dans d’autres secteurs traditionnels comme l’hôtellerie, le tourisme et les secteurs y afférents, il faut d’urgence dégager une stratégie cohérente qui allie développement durable et ouverture des opportunités.


Quant aux perspectives offertes par les technologies nouvelles, il nous faut un souffle nouveau issu d’une diplomatie stratégique et d’une planification ambitieuse pour en faire un des piliers de la croissance. Notre capacité à faire fructifier ces horizons nouveaux dépend étroitement de notre capacité à engager, dans la cohérence, une véritable impulsion diplomatique sur tous les fronts pour promouvoir nos intérêts stratégiques.


Dans cette quête du renouveau, le pays doit s’affirmer comme une destination saine et privilégiée d’investissements productifs et durables, avec un fonctionnement transparent de ses institutions et des mécanismes de contrôle ou de vigilance crédibles.


Les grandes mutations économiques qui s’opèrent à l’échelle du monde sont porteuses des germes d’appauvrissement et d’inégalités croissantes ou d’opportunités de progrès social et de développements nouveaux. Maurice doit savoir refuser le pire et s’engager résolument vers des voies et des opportunités nouvelles. C’est le pourquoi de l’appel au rassemblement des compétences de tous les horizons.


Beaucoup reste à faire pour qu’aucune région, aucune agglomération, aucune catégorie de citoyens ne se sente délaissée par le progrès. L’aménagement du territoire national, y compris celle des îles qui la composent, exige une planification réactualisée en permanence. Il faut continuer la modernisation de nos infrastructures en tenant compte de l’impératif d’un souci permanent d’un meilleur cadre de vie. Les grandes régions doivent chacune être dotées d’infrastructures tant sportives que de loisirs et d’espaces culturels.


L’éducation publique doit retrouver les valeurs d’équité et offrir des opportunités pour tous d’atteindre la plénitude de leurs potentiels. Les moyens et structures assurant la formation professionnelle et continue sont davantage encore une nécessité dans un monde en mutation rapide.


La qualité de vie et l’épanouissement de notre société dans son sens le plus large exige de nous une attention particulière pour que les femmes puissent davantage s’exprimer et s’impliquer dans la gestion des affaires de la cité. Elles ont été de tous les combats pour le progrès social, ont soutenu l’économie agricole, ont contribué puissamment à l’essor de la zone franche, et se préparent aux métiers de demain tout en assurant un rôle essentiel dans la cellule familiale et la transmission des valeurs humaines. Nous y veillerons, tout comme nous veillerons à ce que ni les personnes âgées, ni les handicapés, ni les veuves et orphelins ne se sentent délaissés ou agressés dans leur dignité. C’est sans conteste l’expression même d’une société plus fraternelle et plus juste.


La qualité de vie de nos concitoyens implique nécessairement un partage plus équitable des efforts et des fruits du développement. C’est non seulement une pierre angulaire de notre philosophie, mais bien un axe directeur de notre politique économique et fiscale pour soutenir la marche vers le développement et l’investissement productif dans un cadre de justice sociale.


Seul un pays retrouvant la sérénité de ses institutions démocratiques et la confiance des investisseurs peut, dans le rassemblement national autour des valeurs partagées d’équité, de fraternité et de liberté, redonner espoir à ses générations futures.


Le 3 juillet prochain vous n’aurez pas seulement remplacé un Premier ministre par un autre. Vous serez entré avec courage et de plain pied dans la construction d’une société nouvelle basée sur la justice, la méritocratie, le travail bien fait, et la solidarité.


Sans ses valeurs de base aucun pays ne se construit ni ne construit le bonheur de ses citoyens. Quand s’installe un renversement de valeurs au sein d’une société, tous les sociologues vous le diront, certte société court à sa perte.


Un jour lorsque sera arrivé le temps où l’histoire fera son bilan, des images claires nous apparaîtront. Celles des années 90. Les dirigeants d’alors nous ont imposé une société de l’argent où étaient méprisées toutes formes de moralité qui, affirmaient-ils ne remplissaient pas le ventre. Ses dirigeants ont laissé un triste et douloureux bilan : un éphémère développement économique mais un durable pourrissement moral. L’histoire jugera un jour.


Quant à moi, mes chers compatriotes je me sens, avec vous, prêt à prendre cette route d’une société nouvelle. Comme moi, vous le savez, en prenant ce nouveau chemin, nous ne choisissons pas la facilité. Mais le soutien d’une population décidée à prendre son destin en mains, donne à tout leadership une force de conviction inébranlable et un courage à toute épreuve.


Je sens votre force en moi. Le pays est à reconstruire et nous sommes prêts. La résignation n’est pas permise. Le changement est notre seule option. Notre destin est entre nos mains. Rassemblons nos forces pour bâtir un avenir meilleur.

Dr Navinchandra Ramgoolam
Leader du Parti Travailliste
Leader de l’Alliance Sociale

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